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Le régime militaire Algérien joue son va-tout

L’image avec laquelle on en sort est celle d’une diplomatie algérienne affaiblie, ne sachant rien faire, mais avec, en même temps, derrière elle un régime prêt à tout pour arriver à ses fins.

La voisine de l’Est peut toujours courir. “Si l’Algérie veut la guerre, le Maroc n’en veut pas,” insistait, le 3 novembre 2021, “une source marocaine informée” auprès de l’Agence France-Presse (AFP).

Et on pourrait ajouter: pas d’une guerre qui viendrait balayer d’un revers de fusil toutes les victoires diplomatiques engrangées tout au long des dernières années par le Royaume dans son autre conflit, larvé celui-là mais intimement lié, avec la partie algérienne au sujet de la région du Sahara. Il ne fallait donc pas s’attendre que, comme l’espéraient sans doute secrètement les pontes du régime d’Alger, le discours de la Marche verte du samedi 6 novembre 2021 vînt faire le lit de l’entreprise belliciste dont le Maroc fait actuellement l’objet; au final, l’Algérie et ses dirigeants n’ont même pas eu droit de cité comme ce fut par exemple le cas le 31 juillet 2021 à l’occasion de la fête du Trône -où le roi Mohammed VI avait remis sur la table sa proposition de novembre 2018 de mettre en place un mécanisme politique conjoint de dialogue et de concertation.

“Pour le Maroc, son Sahara n’est pas à négocier. Aujourd’hui comme dans le passé, la marocanité du Sahara ne sera jamais à l’ordre du jour d’une quelconque tractation,” s’est contenté de trancher fermement le Souverain. En lointain écho, sans doute, à son affirmation du 6 novembre 2014, là aussi dans une allocution faite en commémoration de la Marche verte: “Le Maroc restera dans son Sahara, et le Sahara demeurera dans son Maroc jusqu’à la fin des temps.” C’est dire si le Maroc est, plus que jamais, sûr de son fait. Et pour cause. Toujours dans son discours de la Marche verte, le roi Mohammed VI a mis en exergue la “visibilité franche et concrète” que “la reconnaissance de la marocanité du Sahara (…) a (…) sur le terrain”. Ainsi, a-t-il rappelé, pas moins de vingt-quatre pays ont procédé à l’ouverture de consulats dans la région depuis décembre 2019, dont, bien sûr, la première puissance mondiale, à savoir les États-Unis.

Zone tampon
La décision souveraine des États-Unis d’Amérique de reconnaître la souveraineté pleine et entière du Maroc sur son Sahara “est le corollaire naturel de l’appui constant des administrations américaines antérieures et l’illustration de leur apport constructif au processus de règlement de la question du Sahara,” a souligné le roi Mohammed VI.

Répondant ce 9 novembre 2021 aux questions orales des membres de la Chambre des conseillers, le ministre des Affaires étrangères, Nasser Bourita, a, pour sa part, estimé que “les acquis sont là et sont clairs”. Il faudra donc que la junte algérienne tombe les masques et se décide à attaquer frontalement le Maroc pour que celui-ci sorte de ses gonds.

Car pour l’heure, elle s’est contentée de se victimiser. Le cas le plus éloquent étant celui de l’affaire des trois camionneurs algériens tués le 2 novembre 2021 alors qu’ils faisaient prétendument route vers la Mauritanie; affaire par ailleurs à l’origine de la déclaration du 3 novembre 2021 sur le Maroc ne voulant pas de la guerre: présentée par la présidence algérienne comme un “lâche assassinat” perpétré au moyen d’“un armement sophistiqué” -soi-disant un drone-, il s’est par la suite révélé que les concernés s’étaient trouvés en plein de la zone tampon séparant les positions des Forces armées royales (FAR) de celles des milices du mouvement séparatiste du Front Polisario en Algérie, où comme chacun le sait les mines ne manquent pas.

D’ailleurs, la Minurso, la mission de paix de l’Organisation des Nations unies (ONU) au Sahara marocain, n’a pas pu corroborer la version d’Alger. Questionné le 5 novembre 2021, le porte-parole du secrétaire général de l’ONU, Farhan Haq, a reconnu, pour sa part, n’avoir “aucune explication sur la raison pour laquelle les camions sont là où ils sont”; ce qui, dit de façon plus explicite, signifie qu’à la base ils n’avaient pas, selon l’ONU, à se trouver dans une zone aussi dangereuse.

Le le récit algérien discrédité
Au final, la campagne médiatique qu’avait commencé à orchestrer le régime algérien, en réunissant par exemple le 4 novembre 2021 les ambassadeurs des pays tiers à Alger, a fait pschitt. Tout comme il en a été de toutes celles qu’elle a tenté de mener au cours des derniers mois: personne n’a par exemple donné le moindre crédit aux accusations portées le 24 août 2021 par le ministre des Affaires étrangères algérien, Ramtane Lamamra, contre le Maroc d’être derrière les incendies ayant frappé la région de Kabylie au cours de l’été 2021.

La rupture des relations bilatérales, annoncée dans la foulée, avait, ainsi, conduit les pays arabes que sont l’Arabie saoudite, l’Égypte, la Mauritanie et le Koweït à tenter, chacun à son tour, une médiation, ce qui revenait automatiquement à discréditer le récit algérien qui, s’il avait été avéré, aurait plutôt dû susciter la réprobation et la condamnation de la communauté internationale à l’encontre du Maroc. D’où, sans doute, le fait que M. Lamamra se soit aussi violemment élevé, le 9 septembre 2021, contre le fait que la réunion des ministres des Affaires étrangères arabes, à laquelle il participait, voulût faire figurer la question de la rupture dans son ordre du jour. “C’est une décision souveraine, définitive et irréversible,” tempêta le responsable algérien.

Mais c’est surtout la gestion du processus onusien de règlement du différend autour du Sahara marocain qui a été la plus révélatrice de la stratégie algérienne consistant à chercher coûte-que-coûte la tension avec le Maroc, quitte à se contredire: validation énergique, le 29 avril 2021, du diplomate italo-suédois Staffan de Mistura comme nouvel envoyé personnel du secrétaire général de l’ONU dans la région dès lors que le Royaume semblait s’y opposait; puis, lorsque ce dernier finit, le 15 septembre 2021, par opiner, accusations dès le lendemain via l’agence officielle Algérie presse service (APS) d’une “contrepartie” accordée à Rabat.

Partie prenante effective
“La nomination, bien qu’importante, d’un envoyé spécial du secrétaire général de l’ONU pour le Sahara occidental (sic) n’est pas un objectif stratégique majeur en soi,” tempérera même, le 18 septembre 2021, le représentant du Polisario en Europe, Oubi Bouchraya Bachir, alors que quelques mois plus tôt son mouvement accusait le Maroc de “n’a[voir] aucune volonté politique d’aller vers une solution pacifique”.

Et le pinacle, ce fut bien évidemment l’annonce du 12 octobre 2021 du soi-disant “envoyé spécial algérien chargé de la question du Sahara occidental (sic) et des pays du Maghreb”, Amar Belani, décrétant que les tables rondes organisées depuis décembre 2018 sous l’égide de l’ONU n’étaient “plus à l’ordre du jour”, “compte tenu de l’instrumentalisation éhontée par la partie marocaine de la participation de l’Algérie aux précédentes tables rondes pour [la] présenter fallacieusement (…) comme étant partie à un conflit «régional».”

Dans le même sens, le président algérien, Abdemadjid Tebboune, avait, lui, même osé, le 8 août 2021, proposer la tenue en Algérie d’une “rencontre” entre le Maroc et le Polisario, comme si son pays n’était qu’un observateur lointain et non une partie prenante effective. Et pourtant, c’est la voisine de l’Est qui, par le biais de son ministre des Affaires étrangères de l’époque, Abdelkader Messahel, avait le plus milité, en 2018, auprès du précédent envoyé personnel du secrétaire général de l’ONU, Horst Köhler, pour le lancement de tables rondes, en voulant laisser croire qu’ainsi le Maroc mettait en question la marocanité de son Sahara.

“M. Messahel a assuré Köhler de l’engagement de l’Algérie, en sa qualité de pays voisin, à contribuer au bon déroulement de la table ronde de Genève pour relancer le processus de négociations entre les deux parties au conflit, le Royaume du Maroc et le Front Polisario,” rapportera notamment une dépêche de l’APS publiée la veille de la première table ronde de la ville de Genève, en Suisse.

Approche déséquilibrée
Naturellement, la résolution sur la situation concernant le Sahara marocain, adoptée le 29 octobre 2021 par le Conseil de sécurité, a fini par donner la part belle aux “négociations afin de parvenir à un règlement de la question”, en citant sur un même pied et le Maroc et l’Algérie, en plus du Polisario et de la Mauritanie. “L’Algérie exprime son profond regret quant à l’approche fondamentalement déséquilibrée consacrée par ce texte qui manque cruellement de responsabilité et de lucidité du fait du forcing malencontreux de certains des membres influents [du] conseil [de sécurité],” réagira, amer, le 31 octobre 2021, le ministère des Affaires étrangères algérien.

Le régime algérien aura pourtant joué son vatout, en cherchant notamment à impliquer la Russie, dont il était en 2020 le premier client mondial de l’industrie d’armement: le 28 octobre 2021, M. Belani avait notamment eu un échange téléphonique avec le vice-ministre des Affaires étrangères russe, Sergueï Verchinine, pour dénoncer “les mesures contre-productives visant à prédéterminer le statut final du Sahara” marocain, mais tout ce qu’a pu faire le pays eurasiatique, c’est reporter de deux jours le vote qui devait être effectué le 27 octobre 2021 et s’abstenir au moment de l’adoption de la résolution.

De même, des pressions ont été exercées sur la Tunisie, qui elle aussi a finalement préféré ne pas se prononcer -elle est actuellement membre non-permanent du Conseil de sécurité-, même si différentes sources médiatiques affirment que le ministre des Affaires étrangères tunisien, Othman Jerandi, avait agi sans en référer au président Kaïs Saïed -qui, jusqu’ici, a eu des échanges téléphoniques et épistolaires plutôt cordiaux avec le roi Mohammed VI.

L’image avec laquelle on en sort est, globalement, celle d’une diplomatie algérienne affaiblie, ne sachant rien faire d’autre que provoquer, mais avec, en même temps, derrière elle un régime prêt à tout pour arriver à ses fins: il faut aussi rappeler l’épisode du déploiement, le 23 septembre 2021, de garde-frontières algériens au niveau de la route nationale nº10 reliant la ville de Bouarfa, dans la province de Figuig, à celle d’Agadir; épisode ayant lui même fait suite à l’annexion, six mois plus tôt, de la palmeraie d’El Arja, également dans la province de Figuig.

Pouvoir de nuisance
Pour rappel, il avait suffi de beaucoup moins que cela pour que le Maroc entre dans la Guerre des sables, en septembre 1963, mais tirant les leçons de l’histoire, le roi Mohammed VI semble décidé à ne pas vouloir offrir de prétexte à l’Algérie et à sa machine de propagande. Le pouvoir de nuisance algérien reste pourtant réel. Il a pu se manifester, certes de façon limitée, en ce qui s’agit de la question de livraison de gaz au Maroc, stoppée nette le 31 octobre 2021 en raison de “pratiques à caractère hostile du Royaume” -un comble-, mais on le retrouve principalement dans le fait que la diplomatie marocaine doive engager des moyens inutiles dans une guerre qui aurait dû être tranchée au moment même du départ du colonisateur espagnol du Sahara marocain, en novembre 1975. Qu’à cela ne tienne: même un conflit armé ne suffira pas à faire plier le Maroc et son peuple…

Maroc-hebdo

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