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Mohammed VI invite l’Occident à revoir ses positions vis-à-vis de l’Afrique

Le Roi Mohammed VI s’est mis en porte-parole de l’Afrique et des pays en développement à la 69e Assemblée générale des Nations unies, qui se tient actuellement à New York. Dans un discours lu par le Chef du gouvernement Abdelilah Benkirane, le Souverain a invité les pays occidentaux à revoir leurs positions vis-à-vis de l’Afrique, non sans leurs faire quelques reproches.
Mohammed VI a choisi d’axer son discours à la 69e Assemblée générale de l’ONU sur le thème même de cette rencontre internationale : le développement humain durable, pour l’après 2015. Pour le Roi, ce thème « constitue un point de rencontre où convergent les considérations économiques, sociales, environnementales, sécuritaires et politiques ».
« La réalisation du développement durable constitue l’un des défis les plus pressants pour l’humanité entière, surtout qu’il s’agit de trouver le nécessaire équilibre entre les impératifs du progrès économique et social et l’exigence de protection de l’environnement ainsi que la nécessité de préserver les droits des générations à venir », fait remarquer d’emblée Mohammed VI, sans s’attarder sur les projets marocains réalisés dans ce sens.
Un Roi porteur d’un appel 
« Je suis venu, porteur d’un appel à l’équité pour les pays en développement, surtout en Afrique, un appel pour une approche objective de la problématique du développement dans ce continent. Comme vous le savez, le développement durable ne se décrète pas par des décisions ou des recettes toutes prêtes, pas plus qu’il n’existe un seul et unique modèle en la matière », poursuit le Souverain.
Mohammed VI a par conséquent lancé un appel « pour le respect des spécificités de chaque pays, dans son itinéraire national, et de la volonté qui est la sienne d’édifier son propre modèle de développement. Cela vaut surtout pour les pays en voie de développement qui pâtissent encore des effets de la colonisation ».
Indexant les « effets pervers » de la colonisation qui freinent encore l’Afrique, le Roi a appelé les pays occidentaux à ne plus imposer leur diktat aux pays du Sud.
« Aujourd’hui, après tous ces effets pervers, ces Etats n’ont pas le droit d’exiger des pays du Sud, un changement radical et rapide selon un schéma étranger à leurs cultures, leurs principes et leurs atouts propres, comme si le développement ne pouvait se réaliser qu’à l’aune d’un modèle unique : le modèle occidental.

Après ce constat, J’en arrive au deuxième appel que J’adresse à la communauté internationale : il faut davantage de réalisme et de sagesse dans les rapports avec ces Etats, dont il faut comprendre les circonstances ayant marqué leurs parcours respectifs vers la démocratie et le développement.

Mohammed VI, s’adressant aux pays occidentaux à l’ONU.
En d’enfoncer le clou : « Mais certains Etats occidentaux, qui n’ont demandé l’autorisation de personne pour coloniser les pays du Sud, au lieu d’apporter le soutien nécessaire aux peuples de ces pays, s’obstinent à leur imposer des conditions drastiques qui entravent leur évolution naturelle vers le progrès.
Des Etats donneurs de leçon…
Le Roi ne s’arrête pas là dans ses reproches. Pour lui, « les Etats occidentaux et les institutions qui en dépendent ne savent que donner des leçons, à profusion, et dans le meilleur des cas prodiguer quelques conseils. Quant au soutien qu’ils concèdent, il est très faible et systématiquement soumis à conditions. Plus encore ! Ils exigent des Etats du Sud qu’ils réalisent la stabilité et le développement dans des délais très limités, selon des modalités déterminées qui leur sont imposées sans tenir compte des parcours respectifs et des particularités nationales de ces Etats ».
Le Roi Mohammed VI s’en est également pris aux modèles de notation et de classement des pays du Sud. Pour le Souverain « l’opération de notation et de classement de ces Etats selon les paramètres en vigueur actuellement suscite de nombreuses interrogations ».

Ces critères ont montré leurs limites et, souvent, leur décalage par rapport à la réalité des Etats du Sud, ainsi que leur incapacité à présenter une image objective sur le niveau de développement humain dans ces pays. Or ces aides, déjà faibles malheureusement, sont accordées souvent sur la base de ces classements, et à des conditions intenables. Nous préconisons donc que le capital immatériel figure désormais parmi les principaux critères de mesure et de classement de la richesse des Etats.

                                                                                                            Mohammed VI, Roi du Maroc.
Pour le Souverain « l’évolution des Etats ne devrait être assujettie à aucune notation ou classement. En revanche, elle devrait être perçue et traitée comme un processus historique, se fondant sur les accumulations positives de chaque pays, dans le respect de ses spécificités ».
Rendre justice aux Etats du Sud
« Evoquer les effets négatifs du passé colonial, ne revient pas à intenter un procès contre qui que ce soit. Il s’agit plutôt d’un appel sincère à rendre justice aux Etats du Sud, en revoyant la manière de les aborder et en les soutenant dans leur évolution graduelle vers le progrès », note le Roi.
Revenant sur son discours à Abidjan, en février dernier, Mohammed VI a rappelait que « l’Afrique n’avait pas tant besoin d’aides humanitaires que de partenariats mutuellement bénéfiques ». Il a ainsi insisté sur « la nécessité pour l’Afrique de s’affranchir de son passé et de ses problèmes politiques, économiques et sociaux, en comptant essentiellement sur ses capacités propres pour réaliser son développement ».
Un coopération dans le respect mutuel
En guise d’exemple, le Roi met en relief « les accords importants avec un certain nombre de pays africains, en particulier, l’accord stratégique entre le Maroc et le Gabon dans le domaine de la production des engrais et leur acheminement vers les pays africains ». A ses yeux, « c’est un modèle original de coopération entre pays du Sud, qui met en relief la capacité de nos Etats à faire avancer l’Afrique, en faisant en sorte qu’elle puisse compter sur elle-même et mettre en valeur les ressources naturelles de ses pays ».

Le développement ne se réduit pas à de simples projets et crédits financiers , pas plus que le sous-développement n’est consubstantiel aux Etats du Sud. En effet, le problème n’est pas inhérent à la nature ou aux aptitudes de l’homme africain, qui a déjà fait la démonstration de sa capacité à donner et à créer, dès lors qu’il trouve les conditions appropriées et qu’il se libère du lourd passif légué par le colonisateur.

                                                                                                                          Le Roi Mohammed VI.
« De même, le problème de développement en Afrique n’est pas lié à la nature de la terre ni au climat, malgré ses rigueurs dans certaines régions. Il est plutôt imputable à une dépendance économique enracinée, et à la faiblesse des soutiens et des sources de financement, ainsi qu’à l’absence d’un modèle de développement durable. Par conséquent, l’assistance apportée à ces Etats n’est ni un choix facultatif, ni une faveur ou un acte de générosité. C’est plutôt une nécessité, voire un devoir, bien que ce dont les peuples ont besoin en réalité, c’est plutôt une coopération fructueuse, fondée sur le respect mutuel. Il s’agit donc de créer, au niveau de la pensée et de la pratique, les conditions propices pour opérer le passage d’une étape à une autre dans les processus de démocratie et de développement, sans ingérence dans les affaires intérieures des Etats, à charge pour eux, de souscrire aux principes de bonne gouvernance », conclut le Roi Mohammed VI, à la tribune de l’ONU.
K.N avec MAP



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