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Histoire du Maroc : L’autre Mohammed VI !!!

Saviez-vous qu’il a existé un autre Mohammed VI que celui que nous connaissons tous ?

On va  vous en dire un peu plus…

Celui qui est connu au Maroc sous le simple nom de Mohammed Ben Arafa, comme s’il était issu d’une famille fassie ordinaire où les patronymes « Ben » sont légion, est de fait l’héritier d’une lignée on ne peut plus chérifienne et royale. Son père Moulay Arafa est le propre frère de Hassan 1er. Et son grand père n’est autre que Mohammed IV. Ainsi, ceux qui l’appellent Mohammed VI (voir encadré) n’ont pas tort puisqu’il a bel et bien régné, mais sans gouverner, sur un Maroc en plein soulèvement contre les Français. La prière a été dite en son nom dans les mosquées de tout le pays, si l’on excepte celles du nord et du sud sous domination espagnole. Certes, certains diront, que choisi par les Français, il n’a jamais eu la légitimité qui aurait pu lui conférer un titre royal digne de ce nom.

Mais d’autres opposeront que Mohammed V lui-même a été choisi par les Français qui l’ont imposé aux oulémas en 1927, alors qu’il n’était que le troisième d’une fratrie de quatre garçons. Cela dit, Mohammed V a progressivement évolué vers un nationalisme ardent pendant que Ben Arafa, insensible aux sentiments du peuple, sombrait dans un collaborationnisme ridicule.

Ben Arafa est né à Fès vers l’an 1886. Si on a déjà évoqué plus haut son origine patrilinéaire princière, son ascendance matrilinéaire n’est pas en reste. Sa mère Lalla Noufissa est une cousine de Madani El Glaoui qui fait partie du petit comité d’hommes de poigne qui a fait monter Abdelhafid sur le trône en 1908. Il devient même ministre et épouse la fille du grand vizir El Mokri, Lalla Hnia bent Taher, une femme de volonté qui a quitté son mari, et non moins ancien sultan Abdelhafid, après le départ de celui-ci pour son exil espagnol. C’est là, sans doute, une des raisons de la future alliance entre Ben Arafa et Thami El Glaoui. Mais avant d’aborder sa destinée politique, rappelons que le jeune Mohammed est une personne qui fait preuve d’une grande modestie et d’une profonde religiosité. Il suit les cours de la prestigieuse Qaraouiyine avant de s’occuper de ses vastes exploitations agricoles éparpillées un peu partout au Maroc : dans le Saïss et le Haouz de Marrakech mais également dans la région des Hiaïna. Il possède même un verger en plein centre ville de Fès, adossé à son palais où, en fin d’après-midi, il a l’habitude de prendre le thé avec ses compagnons de culte avant de s’adonner à la récitation de litanies religieuses.

Sultan à la place du sultan

Le résident général Augustin Guillaume, sans doute conseillé par le pacha de Marrakech, prend contact avec Ben Arafa pour le sonder quant à sa disposition à devenir le successeur de Mohammed V en cas de vacance du trône alaouite. Alors qu’il est déjà sexagénaire et sans ambitions politiques connues, Ben Arafa fait d’abord part de ses réticences. Mais quand Guillaume et El Glaoui reviennent à la charge alors que la campagne contre le sultan « légitime » bat son plein, Ben Arafa, à la grande surprise de l’élite fassie, accepte : c’est le début de deux longues années de troubles et d’attentats. Il se rend très vite compte qu’il a commis la grosse erreur de sa vie, et craignant pour sa sécurité, il limite au strict minimum ses sorties hors les murs de son palais. De fait, trois semaines après l’accession de Ben Arafa au « pouvoir », Allal Ben Abdellah, un peintre en bâtiment, originaire de Guercif et habitant le quartier Akkari (Rabat), tente de l’assassiner. Cet homme de 37 ans, habillé d’un blanc immaculé (couleur de linceul) s’intègre au cortège officiel du sultan au volant d’une Ford grise qu’il vient d’acheter pour accomplir son projet. Au moment où le sultan tombe de cheval, Ben Abdellah tente de l’achever au poignard, mais il est abattu sur le champ par l’officier Mohamed Belhouari. Il était 12h45, ce 11 septembre 1953 et Ben Arafa allait, pour la première fois en tant que sultan, accomplir publiquement la prière du vendredi dans la mosquée Ahl Fès. Quelques mois plus tard, il échappera de nouveau à une tentative d’assassinat à Marrakech .

Ben arrafa et Allal Ben Abdellah

Le 11 septembre 1953, trois semaines après l’accession au trône de Ben Arafa, un peintre en bâtiment nommé Allal Ben Abdellah tente d’assassiner le sultan. En bas : Ben Abdellah est abattu par un officier. © afp
Ben Arafa ne peut que se mordre les doigts, d’autant plus qu’il n’a de sultan que le titre. Très rapidement, en effet, le général Guillaume s’emploie à le dépouiller des derniers vestiges des prérogatives sultaniennes. Le 9 septembre 1954, Ben Arafa signe un dahir où il délègue l’essentiel de son pouvoir législatif à un conseil de vizirs et de directeurs. Ces derniers sont de nationalité française, tandis que les vizirs marocains ne sont que des marionnettes. De même, le sultan délègue ses prérogatives administratives – comme la nomination des caïds et pachas, à un conseil restreint également dominé par les Français. Résultat, les derniers semblants de souveraineté marocaine ont tout simplement disparu. Le Maroc n’est plus un protectorat, il devient dans la pratique une quasi-colonie.

Le retour de l’un, l’exil de l’autre

L’été 1955 commence au Maroc dans une ambiance dangereusement tendue. Jacques Lemaigre Dubreuil, homme d’affaires libéral favorable à l’Indépendance du Maroc, est abattu par balles par les ultras du contre-terrorisme européen. Les attaques nationalistes contre les moqaddems, cheikhs et autres symboles du colonialisme sont quasi quotidiennes. Les champs de blé appartenant aux colons s’embrasent un peu partout dans le pays. Les organisations de la résistance et de l’armée de libération veulent passer à la vitesse supérieure en centralisant leur action au plan national. Un jeune bachelier vivant à Tanger, El Ghali Iraki est même parvenu à acheter une cargaison d’armes provenant d’Italie et tente de la faire acheminer vers le Maroc.

Sous pression, le gouvernement français décide de se débarrasser de Mohammed Ben Arafa afin de permettre à Mohammed V de retrouver son trône. Ben Arafa négocie son abdication à trente millions de francs. Le 1er octobre 1955, il quitte le palais de Rabat pour s’installer un moment à Tanger, zone internationale neutre. Plus tard, il ira vivre dans une villa cossue à Nice sur la Côte d’Azur française. Durant les années 1960 et 1970, Hassan II refusera son retour au Maroc tout en autorisant un de ses fils à rentrer au pays.

Suite au décès de sa femme Lalla Hnia, Ben Arafa végètera quelques années encore dans un isolement presque complet. Au crépuscule de sa vie, sa demeure est cambriolée. On lui dérobe notamment son sceau royal, dernier souvenir de son règne si furtif et déjà si loin. Il décède le 17 juillet 1976 à Nice.

by ZAMANE



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