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Quand la baisse des prix provoque des pénuries de médicaments

Les difficultés d’approvisionnement de certains médicaments se multiplient dans les officines qui subissent les effets d’une rupture de stock des organismes répartiteurs. Le circuit de distribution est désorganisé par la future valse des étiquettes ce qui met en danger de nombreux patients.
Les ruptures d’approvisionnement en médicaments se banalisent dans nombre de pharmacies, avons-nous constaté. En effectuant une tournée sur le terrain, en appelant des pharmacies au hasard. Information confirmée par des contacts avec les associations professionnelles et avec des grossistes.
 Les raisons invoquées de prime abord sont la rupture de stocks des grossistes ou plus grave, des décisions délibérées des grossistes de ne pas honorer les commandes avant l’entrée en vigueur de la baisse des prix. Les conséquences peuvent être lourdes car certains des produits manquants sont indiqués dans des pathologies lourdes et/ou revêtent un caractère d’urgence.
Tous les pharmaciens interrogés par notre rédaction déplorent cette pénurie «organisée» car si tous les médicaments indisponibles ne sont pas essentiels et peuvent être remplacés par un autre produit ou un générique, d’autres sont vitaux pour soigner voire sauver des vies.

Une pénurie dangereuse et scandaleuse

Nous avons constaté de visu que les officines étaient contraintes de jongler en changeant les traitements prescrits ou en choisissant les patients prioritaires auxquels délivrer le produit.
Pour certains pharmaciens, cela devient un casse-tête car leurs malades sont désorientés par des substitutions qui ne sont pas motivées par la volonté de développer la vente de produits génériques.
Soulignons que ce sont principalement les petites pharmacies de quartier qui sont touchées car contrairement aux grosses officines, elles commandent leurs produits souvent au jour le jour.
Les pharmaciens  ont été unanimes à dénoncer ce qu’ils nomment une pénurie scandaleuse qui peut avoir des répercussions mortelles pour certains patients. Ils n’hésitent plus à rediriger ces derniers vers des cliniques ou des hôpitaux, où les stocks de médicaments sont plus importants même si légalement cela est considéré comme de l’exercice illégal de la pharmacie.

L’étiquetage en cause

Ce phénomène récent de pénurie est lié à la date butoir du 19 juin qui verra la mise en application du décret ministériel de baisse des prix de près de plusieurs centaines de médicaments pour le grand public. Un délai qui met la pression sur tous les intervenants du marché des médicaments que sont les laboratoires, les grossistes et les pharmacies.
Ainsi, de nombreux grossistes ne stockent plus ou pire encore n’achètent plus de médicaments aux laboratoires agréés car ils ne veulent pas prendre le risque de garder une marchandise au prix actuel. N’ayant pas l’autorisation de ré-étiqueter les prix le jour de l’application du décret en question, ils préfèrent se contenter d’écouler leurs stocks restants en attendant le jour J, nous assurent différentes sources professionnelles.
Nous avons demandé aux pharmaciens de leur commander devant nous un médicament prescrit dans le cas d’hémorragies interne et la réponse des grossistes sollicités a été qu’il fallait attendre l’entrée en vigueur de la baisse des prix. Ce qui revient à dire qu’il faut s’armer de patience malgré le risque mortel encouru.
Ils ont justifié leur politique d’arrêt de prise de commande par le fait que la  «précipitation» de la baisse des prix leur posent un problème ingérable de logistique.
L’opération de ré-étiquetage des médicaments qui vont connaître une baisse de leur prix de vente perturbe en effet la disponibilité de certains médicaments.
De nombreux médicaments étaient régulièrement absents des rayons de pharmacie et ce sont essentiellement des médicaments  comme les antirétroviraux ou les traitements hormonaux (Utrogestan). L’ampleur de ce phénomène de rupture pourrait être plus importante, car des produits significatifs commencent à être affectés comme le Konokion, coagulant indispensable pour remédier à certains empoisonnements ou des anti-allergies comme l’Aerius.
Actuellement, la vente de médicaments se fait par l’intermédiaire de grossistes répartiteurs qui sont des acteurs clés entre les laboratoires et les 12.000 officines. Les laboratoires évaluent à partir d’études épidémiologiques les besoins nécessaires au Maroc pour chaque substance et vendent ensuite les médicaments aux grossistes chargés de les répartir auprès des officines.
Les grossistes répartiteurs renvoient la responsabilité sur les laboratoires qui ont contingenté la vente de certains médicaments et ne sont plus en mesure d’assurer une distribution normale de certains d’entre eux.
Du côté des laboratoires, soulignons qu’aucun d’entre eux n’était en mesure de nous répondre et que le ministère de la santé a comme il se doit, botté en touche en rejetant toute pénurie et toute mise en danger de la vie d’autrui.



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